Lou et la lanterne attrape-ombres
For Lou, 6, from Camille and Thomas
Given 3 faces, a cuddly toy, an idea
Example · Picture book
Every morning Jo goes fishing by the river. One day he decides to grow a vegetable garden there, and his granddaughter Lou learns with him that the most beautiful things take their time. Watercolour, audiobook.
Example in French: your own book is written in the language you choose.
Fictional people, created for the example. Your own books stay private unless you share them.
Before
Mon père Jo pêche tous les matins au bord de la rivière. Je voudrais une histoire où il plante un potager avec Lou, sa petite-fille, et où elle apprend la patience avec lui. 
After
The text of every page, to read here or with a screen reader. The example is in French.
Le potager de la rivière. Ou comment les plus belles choses prennent leur temps.
Ce livre appartient à Jo
Chaque matin, avant que le village ne s'éveille, Jo descendait à la rivière.
Il connaissait par cœur le grincement du ponton, l'odeur de vase et de menthe sauvage, la brume qui s'effilochait sur l'eau comme une laine trop lavée.
Il lançait sa ligne, s'asseyait sur son seau retourné, et attendait. Jo savait attendre. C'était même, disait-il, la seule chose qu'il avait vraiment apprise en soixante et onze ans.
Ce matin-là pourtant, son regard ne restait pas sur le bouchon. Il glissait sans cesse vers la petite bande de terre, juste derrière les roseaux, où personne ne faisait jamais rien pousser.
Il posa sa canne et s'approcha. La terre était noire, souple, encore fraîche de la nuit. Il en prit une poignée, la frotta entre ses doigts, la sentit.
Une bonne terre de rivière, de celles que son père appelait « une terre qui a faim ».
Jo sourit, puis grimaça en se relevant : ses genoux, eux, n'avaient plus faim de rien. Un potager ici, à son âge ? Il faudrait bêcher, arracher les ronces, porter l'eau. Seul, sûrement pas.
Mais samedi, Claire arrivait avec la petite.
Et à trois, on peut déplacer pas mal de choses.
Le samedi, la voiture de Claire s'arrêta dans un nuage de poussière.
Lou en jaillit avant même que le moteur ne se taise, les boucles en bataille, les lunettes de travers, et courut tout droit vers la rivière, comme on court vers un vieil ami.
Claire suivait, les bras chargés de sacs, avec ce pas tranquille qu'elle avait gardé de l'enfance.
Papa ! Tu as encore passé la matinée au ponton, je parie.
Je pêchais des idées.
Grand-père, qu'est-ce que tu as attrapé ?
Rien du tout. Mais regarde là-bas, derrière les roseaux. Ce bout de terre. Qu'est-ce que tu dirais d'un potager, rien qu'à nous trois ?
Lou regarda les ronces, les orties, les cailloux, puis son grand-père. Elle remonta ses lunettes sur son nez, très sérieusement, comme pour mieux voir l'avenir.
On pourrait faire pousser des fraises ?
Des fraises, des radis, des haricots. Tout ce que tu veux, si tu as de la patience.
Le dimanche, ils s'y mirent tous les trois.
Claire arrachait les ronces avec les grands gants de cuir de son père, en pestant contre les épines et en riant de pester. Lou ramassait les cailloux un à un et les alignait au bord de l'eau, comme une petite muraille.
Jo, lui, bêchait. Lentement. Un coup de bêche, une pause, un regard sur la rivière.
Doucement, Papa. Ton dos.
Mon dos a soixante et onze ans, comme le reste. Il en a vu d'autres.
Mais il accepta qu'elle prenne le relais quand la terre devint trop lourde. C'était peut-être ça, vieillir : savoir passer la bêche.
Le soir, la parcelle n'était plus la même. Trois longues planches de terre retournée, brune et luisante, attendaient entre les roseaux et le vieux saule.
Ils s'assirent sur le talus, les mains sales, les épaules lourdes. Lou s'appuya contre le bras de son grand-père.
On plante quand ?
Demain. La terre a besoin d'une nuit pour respirer.
Lou trouva que c'était une drôle d'idée, une terre qui respire. Puis elle écouta le silence, la rivière, le froissement des feuilles, et se dit que, peut-être, tout ici respirait.
Dans la cabane de Jo, ça sentait le bois, la ficelle et la terre sèche. Sur l'étagère du haut, entre une boîte d'hameçons et une radio qui ne marchait plus, il y avait la boîte en fer.
Jo la descendit avec précaution et souleva le couvercle. Des dizaines de petites enveloppes, couvertes de son écriture penchée : radis de dix-huit jours, haricots nains, laitue, capucines, fraisiers.
Tu les as gardées depuis tout ce temps ?
Certaines viennent du jardin de ta mère. Elles attendaient leur heure.
Claire ne dit rien. Elle posa juste la main sur l'épaule de son père, et Lou, sans tout comprendre, sentit que ces graines-là valaient plus que de l'or.
Jo traça les sillons avec le manche de son râteau, bien droits, bien sages. Puis il prit la main de Lou et lui montra : une graine, deux doigts d'écart, une autre graine. Pas trop profond.
Les petites graines n'aiment pas qu'on les enterre comme des trésors de pirate. Elles veulent sentir la lumière au-dessus d'elles.
Claire plantait au bout de chaque rang les étiquettes que Lou avait coloriées le matin même. À l'entrée, planté de travers, un panneau peint à la main annonçait fièrement : Le potager de Jo.
Il faudrait y ajouter vos deux noms, non ?
Non. C'est ton idée. Nous, on est les aides.
Restait l'eau. Le vieil arrosoir en zinc de Jo était si grand qu'on aurait pu y baigner un chat. Rempli à la rivière, il pesait presque le poids d'un enfant.
Jo essaya de le soulever seul, et ses épaules lui rappelèrent poliment son âge. Claire voulut le prendre à son tour, mais l'anse était trop large pour une seule main.
Alors Lou eut une idée.
On le porte à trois ! Une main chacun !
Et c'est ainsi qu'on les vit remonter la berge, ce jour-là et tous les jours qui suivirent : Jo au milieu, Claire à gauche, Lou à droite, pliés en avant, l'arrosoir ballottant entre eux comme une cloche de fer.
L'eau débordait sur leurs bottes. Ils avançaient au pas du plus petit, et le plus petit, c'était Lou, qui comptait les pas à voix haute.
Vingt-trois, vingt-quatre… on y est presque !
À trois, rien n'est lourd. Retiens bien ça, ma Lou.
Claire, elle, se souvint d'un autre arrosoir, d'un autre jardin, et d'un père beaucoup plus jeune qui disait exactement la même phrase.
Ils arrosèrent rang après rang, en pluie fine, comme Jo le leur avait montré, pour ne pas chasser les graines de leur lit.
Le soleil passait à travers les gouttes et, l'espace d'un instant, un petit arc-en-ciel flotta au-dessus des radis. Lou poussa un cri de joie, puis s'accroupit au bord du sillon et colla presque son nez contre la terre mouillée.
Ça pousse quand ?
Les radis, dans quelques jours. Les haricots, un peu plus. Les fraises… l'année prochaine, peut-être.
L'année prochaine ?!
Elle avait l'air si scandalisée que Claire éclata de rire.
Le lendemain matin, Lou fut debout avant tout le monde. Elle descendit au potager en chaussettes dans ses bottes, et revint déçue : rien.
Le jour suivant, rien non plus. Le troisième, elle compta les sillons, souleva une étiquette, gratta un peu la terre du bout du doigt, puis la remit en place bien vite, comme on borde quelqu'un.
Toujours rien. Juste de la terre brune, lisse, muette.
Grand-père… et si les graines étaient trop vieilles ? Si elles ne voulaient plus pousser ?
Jo ne répondit pas tout de suite. Il savait que c'était une vraie question, une de celles qu'on ne balaie pas d'un sourire.
Ce soir-là, quand Lou dormit enfin, Jo resta longtemps sur le banc devant la maison. Claire vint s'asseoir à côté de lui avec deux tasses de tilleul.
Elle s'inquiète, tu sais.
Moi aussi, un peu. Ces graines ont dormi des années dans leur boîte. Comme moi dans mon fauteuil. Je me demande si on n'a pas passé l'âge, elles et moi.
Tu as bêché trois planches en un week-end, Papa.
Avec ton aide.
C'est bien ce que je dis. Tu n'as jamais été seul pour rien.
Jo regarda les étoiles se poser une à une sur la rivière noire. Demain, décida-t-il, il apprendrait à Lou ce que la rivière lui avait appris à lui.
Le lendemain, il plut. Une pluie franche, serrée, qui transformait l'allée en ruisseau.
Même le ciel s'y met. Maintenant, elles vont toutes se noyer.
Se noyer ? Tu plaisantes. Le ciel arrose pour nous, et il ne nous demande même pas de porter l'arrosoir. Là-dessous, les graines boivent comme des petites assoiffées.
Il décrocha deux cannes à pêche derrière la porte et lui en tendit une.
Viens. Puisque tu veux savoir comment on attend, je vais te montrer où je l'ai appris.
Claire remonta la capuche jaune sur les boucles de sa fille, et les regarda partir sous la pluie, le grand et la petite, du même pas.
La pluie s'était calmée en arrivant au ponton, comme si elle aussi voulait écouter.
Tu vois le bouchon rouge ? Tu ne le quittes pas des yeux. Et surtout, tu ne tires pas.
Mais si le poisson ne vient pas ?
Alors tu auras passé un bon moment au bord de l'eau. Pêcher, c'est comme jardiner, ma Lou. On fait sa part : on choisit le bon endroit, on prépare, on lance. Et après, on laisse le reste se faire. Ce n'est pas nous qui décidons quand.
Lou soupira très fort. Puis, petit à petit, elle cessa de soupirer. Elle remarqua une libellule bleue, le reflet du saule, un rond sur l'eau qui s'élargissait sans bruit.
Il fallut longtemps. Si longtemps que Lou avait presque oublié pourquoi elle était là. Et c'est justement à ce moment-là que le bouchon rouge plongea.
Doucement… doucement… maintenant !
Au bout de la ligne frétillait un petit gardon, pas plus grand qu'une cuillère, argenté comme une pièce neuve. Lou le regarda, émerveillée, puis le reposa dans l'eau avec mille précautions.
Il a attendu que je ne m'y attende plus !
C'est souvent comme ça. Les bonnes choses arrivent quand on a appris à les attendre.
Sur la berge, Claire applaudissait. Elle aussi, un jour, avait pêché son premier gardon sur ce ponton-là.
Le septième matin, ce fut Jo qui la réveilla.
Il avait cet air qu'ont les gens qui portent un secret trop grand pour eux. Sans un mot, il lui tendit ses lunettes et ses bottes, et ils descendirent ensemble vers la rivière, dans la brume rose de l'aube.
Claire les suivit, un gilet sur les épaules, pieds nus dans l'herbe mouillée, en se demandant ce qui pouvait bien faire sourire son père à six heures du matin.
Là, sur la terre brune, alignées comme des perles sur un fil, pointaient de minuscules feuilles vertes, deux par deux, en forme de cœur. Des centaines. Chacune portait une goutte de rosée, comme un trophée.
Lou resta muette. Pour une fois, elle n'avait aucune question.
Elles ont attendu qu'on ne regarde pas !
Elles ont attendu d'être prêtes. Comme tout le monde.
Claire glissa son bras sous celui de son père. Les graines de la boîte en fer, celles du jardin de sa mère, avaient poussé. Et Jo, qui se demandait encore la veille s'il avait passé l'âge, se sentit tout à coup aussi neuf qu'elles.
Les semaines passèrent, et le potager se mit à grandir plus vite que Lou.
Les haricots grimpèrent le long des tuteurs en s'enroulant comme des boucles rousses. Les laitues s'ouvrirent comme des roses vertes. Les capucines débordèrent sur l'herbe, orange et rouge, si vives qu'on aurait dit des petits feux de joie.
Chaque week-end, Claire et Lou revenaient. Et chaque week-end, l'arrosoir remontait la berge, porté à trois, au pas du plus petit, qui comptait désormais jusqu'à quarante sans s'arrêter.
Jo, lui, venait tous les jours. Ses genoux grinçaient toujours un peu, mais il avait remarqué qu'ils grinçaient beaucoup moins quand il avait une bonne raison de se lever.
On les tient par le haut des feuilles, bien près de la terre. Et on tire tout droit, sans brusquer.
Lou serra les feuilles, ferma les yeux et tira. Il y eut un petit bruit mouillé, et au bout de ses doigts apparut un radis rond, rouge vif, avec une queue blanche toute frisée.
Le premier ! C'est le tout premier !
Elle le brandit au-dessus de sa tête comme une coupe gagnée. Puis elle le tendit à son grand-père.
Tiens. C'est pour toi. C'est ton potager.
Non, ma Lou. Le premier, on le partage. C'est la règle des jardiniers.
Claire posa le panier entre eux. Il se remplit plus vite qu'ils ne l'auraient cru.
Ce soir-là, ils sortirent la grande table sous le saule, juste au bord de l'eau.
Il y eut des radis croquants avec du beurre et du gros sel, une salade si tendre qu'elle fondait sur la langue, des haricots encore tièdes, du pain de campagne et une tarte que Claire avait faite en cachette.
Lou décora la table avec des fleurs de capucine. Elle annonça très sérieusement qu'elles se mangeaient aussi, et personne ne la crut, jusqu'à ce que Jo en croque une en clignant de l'œil.
Quand le soleil commença à dorer la rivière, Jo leva son verre.
Au printemps, je ne savais pas si j'étais encore capable de faire pousser quoi que ce soit. J'avais une bonne terre, de vieilles graines et de vieux genoux. Ce qui manquait, c'était vous deux.
Et l'arrosoir.
Et l'arrosoir. Aux plus belles choses, qui prennent leur temps.
Et aux radis !
Ils trinquèrent, les verres tintèrent, et la rivière, qui en avait vu d'autres, continua de couler tranquillement, comme pour dire qu'elle était d'accord.
Avant la nuit, il restait une chose à faire. Lou sortit de la boîte en fer la dernière enveloppe : fraisiers.
Ensemble, ils plantèrent les petits pieds au bout du potager, là où le soleil restait le plus longtemps. Lou tassa la terre de ses deux mains, bien fort, et Claire versa l'eau en pluie fine, comme il fallait.
Tu sais qu'elles ne donneront rien avant l'année prochaine ?
Je sais. Ce n'est pas grave. On reviendra.
Jo la regarda longtemps. Il n'y avait plus aucune impatience dans sa voix, juste une promesse tranquille. Il se dit que, de tout ce qu'ils avaient fait pousser cet été-là, c'était peut-être la plus belle récolte.
Picture page, no text.
Picture page, no text.
Au bord de sa rivière, Jo a toujours su attendre le poisson. Mais faire pousser un potager à soixante et onze ans, avec de vieilles graines et des genoux qui grincent, c'est une autre histoire. Avec Claire, sa fille, et Lou, sa petite-fille, il bêche, sème et porte à trois un arrosoir trop lourd pour un seul. Puis vient l'attente, et l'inquiétude de Lou… Une histoire tendre sur la patience, la transmission et ces belles choses qui prennent leur temps.
For Lou, 6, from Camille and Thomas
Given 3 faces, a cuddly toy, an idea
For Fatou, from the whole paediatrics team, for her farewell
Given 4 faces, some anecdotes
For Grandma Odette, 80, from Noé and Jade
Given 3 photos of Odette, one of the cat, an idea
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